Voyage Au Coeur du Digital au Service BBC World

Au tout début du 20ème siècle un jeune homme de 16 ans prit le bateau ne sachant pas trop où se rendre. Le bateau accosta en Afrique ; l’émigré en débarqua croyant qu’il avait atteint les Amériques. Et c’est du temps de la colonisation britannique, qu’il connut ses débuts dans le commerce.  

De retour à sa terre d’origine, 50 ans plus tard, il ramena avec ses bagages ses habitudes d’Afrique, teintées d’us et de coutumes britanniques. Écouter au quotidien la radio publique, la BBC, en faisait partie.

 Ce monsieur n’était autre que mon grand-père.

Ma mère prolongea cette tradition dans son foyer. Que de fois en franchissant le porche de la maison parentale, j’entendis retentir l’horloge du Big Ben du fond de la cuisine annonçant l’heure des nouvelles à la radio: « Ici Londres »…   

À mes yeux, la BBC, cette bien vieille institution étatique, en fidèle serviteur de Sa Majesté, n’a jamais pris une ride. De ses débuts de service radio jusqu’au grand tournant de la digitalisation. Qui de mieux positionné pour aborder les questions de contenu digital à l’heure où de plus en plus d’entreprises se positionnent comme un média créateur de contenu à part entière.

Je remercie en particulier Dimitry Shishkin, digital development editor, BBC World Service Group, qui m’a permis de mieux saisir les dernières tendances d’innovation en matière de contenu digital. Entretien que je partage volontiers :

1- Quelles sont les dernières tendances digitales dans le genre et les formats utilisés pour informer, divertir et éduquer ?

Il y en a tellement – on ne peut pas dire que tout le monde est préoccupé par une tendance en particulier. Les chaînes de télévision s’intéressent à la réalité augmentée et virtuelle, tout comme les médias d’information ; les stations de radio – comment visualiser l’audio et le rendre partageable sur les réseaux sociaux, et les médias – comment engager son audience de manière significative et atteindre des publics au-delà de leurs propres bulles de filtre.

Il y a aussi le journalisme visuel, où les spécialistes des données (data) travaillent sur des projets avec des développeurs et des concepteurs. Il y a également des bots et des interfaces conversationnelles ainsi que des services activés par la voix – La BBC s’est toujours comportée comme une entreprise créative et technologique depuis sa création en tant que service radio ; toutes les activités ci-dessus nous préparent aux défis futurs. Nous avons toujours été prêts pour un nouveau bond technologique, que ce soit à la radio, la télévision, le web, le mobile, le social ou quoi que ce soit d’autre.

 

2- Comment l’audience digitale consomme-t-elle du contenu ?

Nous sommes une entreprise mondiale et nos marqueurs diffèrent grandement, de la même manière que la place principale de Kinshasa est différente de celle de NYC Times. Il y a des similitudes bien sûr – la dominance de la consommation d’informations mobiles ainsi que les médias sociaux sont les principales tendances que nous considérons indépendamment de la langue dans laquelle nous travaillons les nouvelles.

En outre, l’attention des gens se réduit, que cela nous plaise ou pas et cela pourrait être un énorme problème surtout sur les marchés de l’information encombrés et saturés, où il faudra vraiment se démarquer – de par son indépendance, sa créativité, sa fiabilité et sa pertinence (relevance).

Nous constatons également une forte tendance à la diversification – le public ne veut pas seulement être mis au courant de ce qui s’est passé, il demande de savoir pourquoi c’est arrivé ainsi et ce que cela signifie pour lui, pour cela le contenu original ainsi que le journalisme explicatif et basé sur des solutions sont au centre de tout ce que nous faisons.

La vérification des faits est un autre aspect très important dans les périodes où la confiance dans les médias diminue de manière générale, en particulier chez les jeunes.

Nous investissons également massivement dans la production de vidéos digitales – nous investissons dans l’avenir.

 

3- Que faut-il pour être un innovateur de contenu digital ?

Il est important d’avoir une structure organisationnelle adéquate – vous devez permettre à votre équipe de pouvoir faire des choses qui ne sont pas encore dans le courant dominant, c’est la règle des 80-20, ou peut-être dans notre cas ce sont les 90-10. Il est important de donner à votre personnel la capacité d’apprendre et d’essayer de nouvelles choses. “Fail fast” a été le slogan de la décennie, même si j’ajouterais – “mais assurez-vous d’en tirer des leçons”.

Nous sommes tous obsédés par les données (la data)- le secteur digital est très honnête, car chaque activité et offre est pleinement mesurable, ce qui vous permet d’être beaucoup plus exigeant et granulaire dans votre approche que ne le peuvent nos collègues de la télévision et de la radio face à leur production – nous en savons tellement plus sur chaque chose que nous publions, sur la réaction de l’audience, que ce soit sur nos propres sites ou sur les réseaux sociaux, ou sur les plateformes de syndication de tierces parties.

Il est extrêmement important d’être agile et de changer de tactique et parfois de stratégie – c’est pourquoi les entreprises médias ont besoin d’équipes comme la nôtre, qui sont capables de connecter la technologie et le côté créatif des opérations, rechercher de nouvelles opportunités, s’essayer avec des startups – nous nous appelons stratégistes opérationnels (practical strategists) des médias digitaux ou des opérationnels stratégiques – j’ai le meilleur travail au monde.

 

“Démarquer son contenu de par son indépendance, sa créativité, sa fiabilité et sa relevance”

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